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12 morts et plus de 200 blessés
Au sixième jour des émeutes qui ont éclaté à travers toutes les localités de la wilaya de Béjaïa, la tension demeure tendue et risque de prendre de l'ampleur, puisqu'on nous signale çà et là de nouvelles victimes par balles réelles tirées par les forces de sécurité. Le bilan s'alourdit d'heure en heure. Douze morts et plus de 200 blessés sont enregistrés dans différents endroits (bilans officiel et provisoire, vu les évènements qui se poursuivent encore). On déplore quatre morts à Ouzellaguen, trois à El Kseur, deux à Akbou, un bébé de trois mois asphyxié à Sidi-Aïch, un à Seddouk et un autre à Boukhlifa. Béjaïa est quasiment coupée du reste du monde. A ce jour, quelque 300 milliards de centimes de dégâts matériels sont enregistrés. "Mais où est donc passé l'Etat ?", se demande-t-on.

Kamel Gaci - Béjaïa (Le Soir) - Le mouvement "insurrectionnel" déclenché, depuis dimanche dernier, dans la commune d'Amizour et qui s'est étendu à l'ensemble des villes de la wilaya de Béjaïa, conti-nue d'endeuiller les populations. La situation est au rouge. Hier (vendredi), les émeutes ont repris tôt dans la matinée avec une révolte sans précédent. Les manifestants d'Akbou, armés de barres de fer, de pierres et de cocktail Molotov, ont investi la ville. En face, les brigades anti-émeutes qui ripostaient avec des bombes lacrymogènes et parfois des tirs nourris. Akbou s'est écroulée sous l'effet d'un "air asphyxiant", les fumées de pneus brûlés et les gaz lacrymogènes ont rendu la respiration impossible aux milliers de familles de la localité. La panique était indescriptible, pas une seule fenêtre ouverte dans cette importante ville. L'on apprend que deux policiers en tenue civile auraient été brûlés vif dans leurs véhicules. Les sièges du RCD et du FFS ont été saccagés et incendiés, tous les lampadaires, les plaques de signalisation, les vitres des édifices ont été cassés. La ville sombre dans une atmosphère de "guerre". Tous les accès à Akbou ont été fermés et les Akbouciens sont isolés. Des sirènes de pompiers et du Croissant-Rouge local ont retenti de nouveau, des bles-sés sont déclarés partout dans les coins de cette localité. L'hôpital de la ville est submergé. Cela suscite des inquiétudes et crée des regrou-pements devant le portail de l'établissement. Un responsable de cette institution sanitaire que nous avons essayé de contacter s'est refusé à tout commentaire. Même scénario à Tazmalt : les forces de sécurité sont mises à rude épreuve par les manifestants de cette région en effervescence depuis trois jours. Toutes les administrations publiques ont été incendiées, aucune n'y a échappé. La ville est carrément noyée dans un climat de désolation. "Il ne reste plus rien, tout est cassé et brûlé, le malheur n'est pas pour aujourd'hui mais pour demain", nous dira un citoyen de la ville que nous avons contacté par téléphone.Des appels au calme ont été lancés mais vainement. La situation est dra-matique, apprend-on auprès de la population locale. Dans ces régions à l'ouest de la capitale des Hammadites, au cours de cette journée du vendredi, la situation est telle que la RN12 qui mène de Béjaïa à Alger ressemble à un champ de bataille. Sur une trentaine de kilomètres, des pneus incendiés, des troncs, voire même des eucalyptus jonchent la route, des poteaux électriques arrachés, des barricades dressées. Partout, des jeunes cagoulés délestent les automobilistes. Arrivés au niveau du village Mellala, à quelque 10 km du chef-lieu de Béjaïa, nous avons rebroussé chemin, car il était impossible de continuer. La route était carrément impraticable, sinon coupée. A Aokas, Kherrata sur les flancs est de Béjaïa, les émeutes se sont poursuivies dans la journée d'hier, les manifestants ont continuédans leur démarche incendiaire.
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Les sièges des contributions, des annexes d'APC ainsi que les P et T ont été leurs premières cibles. Les forces anti-émeutes n'ont pas cessé de faire l'objet d'attaques. Plusieurs blessés dans le corps des CNS ont été déplorés lors des échauffourées. Le tunnel de Kherrata menant vers la ville des hauts plateaux a été fermé à la circulation au niveau de la localité de Bordj-Mira. Par ailleurs, et de sources concordantes, les esprits se sont calmés à Amizour, Sidi Aïch, El Kseur et une légère accalmie a été constatée à Ighzer-Amokrane grâce à la sagesse des élus locaux. Il faut dire qu'il était impossible de se rapprocher des foules "révoltées" et surexcitées. "La présence des forces anti-émeutes n'a fait qu'accentuer la pression et chauffer les esprits des jeunes manifestants", nous a dit un élu du RCD de la ville d'Ifri-Ouzellaguen qui a tenté d'appeler au calme. Dans une conférence de presse, organisée hier au siège du bureau communal du RCD, le n° 2 du parti du Dr Sadi et un député de Béjaïa, en l'occurrence Djamel Ferdjellah et Abdelkader Hamoudi, ont tenu à faire l'évaluation de la situation générale qui pré-vaut dans la région. "La situation est dramatique et sanglante", avait déclaré le responsable du RCD, qui a estimé que cette "explosion" est caractérisée par une revendication purement identitaire. Les élus du RCD, qui ont boycotté la visite-éclair du ministre de l'Intérieur, mercredi dernier, dans la ville de Béjaïa pour "s'enquérir" de la situation, ont jugé utile de sillonner les régions où la révolte a été incontrôlable. "Il était plus urgent pour nous d'être sur le terrain avec la population et calmer les esprits des jeunes manifestants que d'assister à cette conférence", dira en substance M. Ferdjellah devant le parterre de journalistes locaux. La gestion et la manipulation du mouvement ont également été soulevés lors de ce point de presse. A ce sujet, le député de Béjaïa s'est déclaré "indigné" par la riposte meurtrière des forces de sécurité qui ont fait des victimes et couler le sang et devant la vague d'arrestations "arbitraires et systématiques" dans cette wilaya où les populations se sont opposées héroïquement à l'islamisme intégriste. Des douilles de balles de kalachnikov, ramassées à Ifri-Ouzellaguen lors des manifestations du 25 avril où trois jeunes émeutiers ont été atteints mortellement, ont été montrées aux journalistes. "C'est une honte de riposter avec des balles réelles", ajoute le conférencier du RCD. Le FFS, pour sa part, a appelé la population à une marche "pacifique" pour la journée d'aujourd'hui dans la capitale des Hammadites, ville où les services de sécurité ont pu maîtriser la situation, malgré les tentatives incessantes des jeunes manifestants du côté d'Ighil-Ouazzoug. Le pire est à craindre pour cette journée, si l'on tient compte de la grève générale de la communauté estudiantine pour ce samedi. M. Ferdjellah qui a fait un large bilan des évènements, s'interroge sur l'opportunité de cette marche sachant que "la Kabylie est en effervescence depuis une semaine. Celle-ci est une tentative de récupération honteuse, elle est porteuse de risque de dérapages graves". Avant de conclure, M. Ferdjellah s'est déclaré "solidaire" de l'appel à la grève générale lancé par les étudiants et le syndicat des enseignants et exigé "le châtiment des auteurs de meurtres avec la plus grande rigueur, le retrait des éléments des corps de la gendarmerie des zones où se déroulent les manifestations et la mise en garde contre toutes tentatives de prise de mesures d'exception attentatoires aux libertés publiques". Il n'en demeure pas moins qu'eu égard à ces évènements tragiques, la journée de ce samedi est classée "rouge" et risque de connaître une aggravation de la situation. K. G.





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Updated Sunday, December 23, 2001 1:48 AM